Le jeu :

L'Aventure de la médium de Boussac

The game's afoot, la partie commence !

Quelques jours avant la soirée, vous recevez un courrier vous invitant à la réunion mensuelle de la succursale Boussac-Saint-Sauvier de la Société Sherlock Holmes de France, l'association française des amateurs du détective. Son présient, Thierry Saint-Joanis, vous annonce une grande nouvelle : une découverte incroyable !


Vous êtes convoqués à la réunion mensuelle de la SSHF

La lettre du président de la SSHF

 

"On a trouvé un manuscrit du docteur Watson !"

 

Vous recevez le journal de la SSHF
dans lequel le manuscrit est reproduit...

 

 

 

Sous les voûtes de la banque Cox & Co, à Charing Cross, il y a une malle en fer-blanc cabossée qui a beaucoup voyagé et porte sur le couvercle mon nom : « John H. Watson, docteur en médecine, démobilisé de l’armée des Indes. » Elle est bourrée de papiers, de notes, de dossiers concernant les divers problèmes qu’eut à résoudre M. Sherlock Holmes. Parmi ces histoires, quelques problèmes relatifs à des secrets de famille sèmeraient, s’ils étaient révélés, l’effroi et la consternation dans de hautes sphères de la société. Ces archives seront détruites par Sherlock Holmes lui-même quand il aura mis de l’ordre dans ses dossiers. Enfin, j’ai été témoin d’affaires résolues par mon ami, mais dont il ne souhaita pas s’en voir accorder le crédit. Celle qui suit en est le parfait exemple.
En 1906, je n’imaginais plus devoir suivre mon ami dans une de ses enquêtes. En effet, depuis presque trois ans, il avait pris sa retraite pour élever des abeilles et écrire dans sa villa de Fulworth à 5 miles d’Eastbourne sur le versant sud des Sussex Downs. C’est avec surprise et, je l’avoue, un brin de nostalgie, que je reçus ce mot de mon ami à mon cabinet : « Cher Watson, Venez si vous êtes libre, et même si vous ne l’êtes pas. Rendez-vous à midi au 221B Baker Street. Prévoyez le nécessaire pour un séjour sur le continent. Destination : Boussac en France. »
Un rendez-vous à Baker Street ! Comme au bon vieux temps. Et une invitation au voyage. Je n’aurais raté cela pour rien au monde. Mais que pouvait-il bien se passer pour que mon ami sorte ainsi de sa retraite ?
À midi pile, j’étais à la porte du 221B, une valise à la main. Holmes lui-même ouvrit la porte.
– Vous espériez cette bonne Mrs Hudson, n’est-il pas ?
– Oui, je l’avoue, Holmes. Mais il est vrai qu’elle aussi a pris sa retraite... Quel plaisir de vous revoir... et surtout ici...
– Vous n’allez pas pleurer ?! Mycroft a racheté la maison. Et mon ami, souriant malicieusement, me prit la main pour une poignée chaleureuse qui, pour le coup, me mit les larmes aux yeux.
– Allez ! Montons vite. On nous attend.
– Un client ? lançai-je avec enthousiasme.
– Un ami commun ! Voyons, Watson, vous savez bien que j’ai mis un terme à mes activités...
Ma déception fut vite remplacée par la joie de revoir, devant la cheminée de notre salon, où rien n’avait changé depuis ma dernière visite, mon agent littéraire Sir Arthur Conan Doyle. Nous nous étions quittés, il y a presque un an, après la parution de mon dernier recueil des exploits de mon ami, paru chez Newnes sous le titre The Return of Sherlock Holmes.
– Arthur, quel plaisir... Et encore bravo pour votre Sir Nigel dont je ne rate pas un épisode dans le Strand. Mais comment se porte Louise ? J’ai appris que son état de santé ne s’était pas amélioré.
– Ma chère Touie n’est pas au mieux en effet... J’ai presque failli abandonner ma candidature aux élections du district d’Hawick...
– Bien ! coupa Holmes qui s’impatientait déjà. Je vais vous donner, à tous les deux, l’occasion d’oublier vos tracas quotidiens en me faisant l’honneur de m’accompagner en France. Vous avez tous les deux votre valise, j’en déduis donc que vous êtes prêts à me suivre sans même savoir le but de notre voyage... Connaissez-vous la Dame à la licorne, une tapisserie qui fut longtemps au château de Boussac ?... On peut la voir aujourd’hui à Paris. Cela devrait vous plaire, cher Arthur, vous qui aimez tant le Moyen Âge. Madame George Sand, votre consœur en écriture, l’apprécia tout particulièrement lors de ses visites au château de Boussac. De son vrai nom, elle s’appelait Dupin, comme le chevalier, mon auguste prédécesseurs dans l’art de l’investigation. étaient-ils parents ? « L’homme n’est rien ; c’est l’œuvre qui est tout », comme Flaubert l’écrivait à George Sand.
Holmes avait déjà évoqué cette citation en conclusion de son enquête sur la Ligue des rouquins. Nous le regardions en cherchant à comprendre où il voulait en venir...
– Cette lettre nous arrive de Boussac justement. Elle accompagne cette invitation. S’il vous plaît, Watson...
Il me tendit une lettre écrite en français. Je pus la lire à haute voix sans la traduire, car mon ami Arthur pratiquait, tout comme nous deux, parfaitement cette langue.
« Monsieur Holmes, Les propriétaires de la pension Les Flâneries de Boussac seraient très honorés de vous compter parmi les invités qui assisteront à l’inauguration de la chambre Horace-Vernet. Nous serons heureux de vous accueillir en compagnie de votre épouse et de vos enfants... »
– Oui, laissez tomber la suite, coupa Holmes en m’enlevant la feuille des mains. Vous vous souvenez que ma grand-mère était la sœur du peintre Vernet...
– Bien sûr. J’ai même dû rendre cette information publique dans l’un de mes comptes rendus...
– L’Interprète grec ! compléta Sir Arthur.
– Bref, puisque le monde entier est au courant, reprit Holmes avec ironie, la réception de mes « cousins » français devrait être à la hauteur de ma réputation... Et comme « mon épouse et mes enfants » sont indisponibles... mes meilleurs amis feront l’affaire.
– Boussac ! lâcha Sir Arthur. C’est le village d’origine de Mademoiselle Catherine Renard, une amie spirite qui vient, malheureusement, de disparaître dans des conditions mystérieuses... Quelle coïncidence...
– Croyez-vous ? sourit Holmes. Messieurs, une voiture nous attend pour rejoindre la gare. En route pour le continent. Sir Arthur, vous nous parlerez de votre défunte amie en chemin.
Pendant notre voyage, Sir Arthur nous dévoila qu’il s’intéressait depuis 1881 au spiritisme et qu’il avait participé à des séances où il était entré en relation avec des esprits en faisant tourner des tables. Je m’attendais, à chaque instant, à voir Holmes bondir de son siège et lui opposer une théorie où la logique viendrait démonter ces pratiques qui me semblaient assez peu convaincantes. Il n’en fit rien. Sir Arthur nous décrivit donc librement les étapes de son approche spirite.
Tout avait commencé à Keighley dans le Yorkshire où, en 1853, David Richmond avait créé la première église spirite anglaise à son retour des États-Unis. Toujours à Keighley, en 1855, le premier journal spirite avait vu le jour, The Yorkshire Spiritualist Telegraph.
– Ma mère vivait tout près de Keighley, à Masongill. J’ai donc été très tôt en contact avec la communauté spirite où j’ai aujourd’hui de nombreux amis. Et, en particulier, Mademoiselle Catherine Renard et Percival Edwards... Ce que je redoutais finit par se produire dans le train qui nous conduisait de Paris à Montluçon.
Holmes bondit comme un fauve sur sa proie et s’écria : « L’affaire Renard-Edwards ! Nous y voilà. » Et il pointa du doigt le numéro du Times qui dépassait de la poche du manteau de Sir Arthur.
– Vous doutez de la culpabilité de votre ami Edwards ?! Moi aussi ! confia Holmes.
– Pouvez-vous m’expliquer de quoi il s’agit, demandais-je, tout en sortant un crayon et mon carnet de notes, car je pressentais le début d’une nouvelle affaire. Holmes ne laissa pas Sir Arthur répondre. Il connaissait ce cas par cœur.
– Crime banal. Trop sans doute. Percival Edwards et Mademoiselle Catherine Renard, tous les deux spirites réputés, pratiquent leurs relations avec les morts à Keighley où ils tiennent une rubrique dans le Yorkshire Spiritualist Telegraph. Ils sont amants...
– En tout bien, tout honneur, intervint Sir Arthur. Ils étaient officiellement fiancés...
– Certes ! Mais l’on retrouve la femme morte, assassinée d’une balle de revolver. L’arme appartient à Edwards. Le tribunal l’a reconnu coupable. Il doit être pendu la semaine prochaine.
– Mais je crois en son innocence ! s’énerva Sir Arthur qui nous relata ensuite les faits en détail, insistant sur la personnalité de l’accusé « incapable d’un pareil crime », selon lui.
– Et quelles sont vos preuves ? demanda Holmes en ricanant. Sir Arthur se calma et baissa les yeux.
– J’en ai la conviction...
– Je vais vous les donner, moi, mon cher Watson, les preuves avancées par les spirites de Keighley pour disculper leur ami, reprit Holmes. La victime ne s’est pas encore manifestée pour dénoncer son assassin !
– Vous exagérez, Holmes, s’emporta Sir Arthur. Percival Edwards nous a donné sa parole : il est innocent. Cela suffit pour me convaincre...
– Pas le jury, malheureusement. Mais, reconnaissez néanmoins que ce que je viens de dire est vrai : vos amis aimeraient bien que la défunte se manifeste pour éclaircir les circonstances de sa mort.
– À quoi bon l’évoquer. Je vois bien que vous trouvez cela ridicule...
L’arrivée de notre train en gare de Montluçon mit un terme à cette conversation. Une automobile De Dion Bouton nous attendait.
– Nous avons la primeur d’un nouveau modèle, semble-t-il..., remarqua Holmes.
Sir Arthur confirma, car il était un grand amateur d’automobiles. Le plaisir qu’il prit à rejoindre Boussac dans ce véhicule lui fit oublier quelques minutes le sort dramatique qui attendait son ami Edwards. J’avais ressenti, tout au long de notre voyage, à la manière dont il avait pris soin de détailler les faits et ses convictions, qu’il attendait une aide de Sherlock Holmes. Pour l’heure, notre ami avait d’autres centres d’intérêt.
À peine, avions-nous déposé nos bagages dans la chambre qui nous était réservée à la pension Les Flâneries, que nous étions invités à visiter la ville et le château de Boussac. Holmes et Conan Doyle engagèrent une longue conversation sur l’histoire de France à chaque fois que notre visite nous offrait l’occasion de découvrir un tableau ou une armure, témoignage du passé. Ce voyage dans le temps, fort instructif, se déroula jusqu’à 18 heures, et s’acheva quand, de retour à la pension, Sherlock Holmes tira un coup sec, très théâtral, sur le cordon qui fit tomber le voile couvrant la plaque en laiton fixée à la porte d’une des plus belles chambres, dédiée au peintre Horace Vernet.
Nous fûmes alors invités à nous retirer dans nos chambres le temps de nous préparer pour le dîner qui se tiendrait dans la salle de réception en compagnie d’amis de la famille.
En arrivant au salon où les convives prenaient l’apéritif, je trouvais Sir Arthur conversant avec un inconnu d’une trentaine d’années. Au moment de passer à table, ils étaient toujours ensemble, et Sir Arthur s’approcha de nous pour nous le présenter.
– Mes amis, je viens de retrouver une connaissance. Monsieur Franck Kupka, artiste originaire de Prague, qui vient de s’installer à Boussac. Il a été médium à Vienne, et c’est un adepte de spiritisme que j’ai rencontré à Paris. Il nous propose une expérience...
– Une séance ? coupa Holmes en serrant la main du jeune homme.
– Fous zêtes perzbigace, monzieu, répondit le nouveau venu avec un fort accent. Comment afez-fous definé ?
– Nous pourrions vous faire une démonstration en contactant votre grand-oncle Vernet, mon cher Holmes...
– Voilà qui serait amusant, en effet... et instructif, ajouta aussitôt Holmes en découvrant la grimace qui se formait sur le visage de Sir Arthur. Ou bien George Sand pour lui demander si le chevalier Dupin était son cousin...
– Et Monsieur Kupka propose que cette initiation se déroule dans la maison de famille de Mademoiselle Catherine Renard !
– La victime ! m’écriais-je sans retenue.
– Oui ! C’est le meilleur lieu pour une séance de spiritisme dans la région. Très propice pour entrer en contact avec les esprits...
Holmes accepta sans rechigner. Il était évident que Sir Arthur profitait de cette occasion pour attirer une dernière fois l’attention de Sherlock Holmes sur l’affaire de son ami Edwards. Kupka, sur la demande de Sir Arthur, avait fait prévenir la sœur de Mademoiselle Renard qu’il allait utiliser la salle de spiritisme qui était à la disposition du cercle local. Tout devait être prêt pour la fin du banquet.
Un peu après 23 heures, nous frappions ainsi à la porte du domicile Renard. Un domestique ouvrit et...

à suivre...


Vous aurez bientôt toutes les cartes en main, ou presque, pour tenter de résoudre l'énigme du manuscrit inachevé. La soirée aux Flâneries va se révéler pleine de surprises dès que votre hôte, Anne, proposera aux convives une séance de spiritisme en hommage à Sir Arthur Conan Doyle et avec le secret espoir d'obtenir de l'au-delà des informations sur l'affaire Renard. Qui a tué Catherine ? Pourquoi ? Et dans quelles circonstances ? Bonne chasse aux indices. La maison des Flâneries en regorge...